Des chercheurs de l'UCL, du King's College London et de l'Agence britannique de sécurité sanitaire UKHSA, avec une collaboratrice du Mount Holyoke College aux États-Unis, ont décrit un nouveau peptide en anneau issu de Bacillus smithii, une bactérie thermophile utilisée dans l'industrie. Ils l'ont nommé smithiosine. L'étude a été publiée en ligne dans ACS Chemical Biology le 5 novembre 2026.
Il s'agit d'un travail précoce de chimie et de génomique. Le peptide s'est révélé seulement faiblement actif contre les bactéries, et les auteurs le disent eux-mêmes.
Comment il a été trouvé
L'équipe a exploré le génome de Bacillus smithii DSM 4216, une souche isolée à l'origine d'un fromage, qui pousse à 55 degrés Celsius. Elle cherchait un sactipeptide, c'est-à-dire un peptide fabriqué par la machinerie protéique ordinaire de la cellule, puis refermé en anneau par des ponts soufrés appelés sactionines.
La smithiosine est une proche parente de la subtilosine A, un sactipeptide de Bacillus subtilis. La spectrométrie de masse à haute résolution a montré trois ponts sactionine dans la smithiosine, et les auteurs ont aussi utilisé le dichroïsme circulaire pour examiner sa forme. Ils ont obtenu environ 0,4 milligramme de peptide par litre de culture et signalent que la croissance de B. smithii était irrégulière d'un essai à l'autre.
Un résultat inattendu dans un hôte de laboratoire
Les chercheurs ont aussi introduit le gène du précurseur de la smithiosine dans Bacillus subtilis 168 sans retirer le gène de subtilosine propre à cette bactérie. L'hôte a produit les deux peptides : de la subtilosine A à des niveaux nettement réduits, et de la smithiosine entièrement formée, que B. subtilis normal ne fabrique pas.
La production de smithiosine était environ mille fois inférieure à celle de subtilosine A, et la souche modifiée était un peu instable lors de cultures répétées. Les auteurs écrivent néanmoins que le précurseur étranger peut concurrencer le précurseur natif et l'emporter sur lui auprès des enzymes de l'hôte, dont une enzyme radicalaire SAM appelée AlbA. Leur résumé présente cela comme démontré pour la première fois, et ils disent ne connaître aucun précédent. Les deux peptides précurseurs partagent 69,4 % de leur séquence.
Tue-t-elle des bactéries ?
Pas bien. Dans des tests réalisés à l'UKHSA, la smithiosine a arrêté la croissance de quatre souches à Gram positif sur six, parmi Staphylococcus aureus et Enterococcus faecalis, à 128 à 256 microgrammes par millilitre, alors que la subtilosine A ne l'a fait pour aucune à la dose maximale de 256. Aucun des deux peptides n'a eu d'effet sur sept souches à Gram négatif, dont Klebsiella, Acinetobacter, Pseudomonas et E. coli.
Les antibiotiques classiques testés en parallèle agissaient à des doses bien plus faibles sur la plupart des souches. Les auteurs estiment que la différence entre la smithiosine et la subtilosine A n'est pas significative compte tenu de l'écart entre les séquences, et que la smithiosine n'est pour l'instant pas assez active pour servir d'antimicrobien.
Pourquoi cela compte quand même
Les auteurs jugent que décrire la smithiosine comme un produit naturel de B. smithii a déjà de la valeur. Ils pensent aussi qu'avec une optimisation supplémentaire, exprimer des peptides précurseurs étrangers dans Bacillus subtilis pourrait devenir un moyen utile de cribler de nouveaux sactipeptides. Rien de tout cela n'a été testé chez l'animal.